Portrait

Par Marie-Laure Desjardins

Pascal Vochelet laisse le dernier mot à la peinture

Pour arriver à ses fins, la peinture emprunte souvent des chemins de traverse. Des enthousiasmes surgissent parfois sans qu’il soit possible de les anticiper. Personne n’aurait pu prédire que l’intérêt de Pascal Vochelet pour elle naîtrait en feuilletant les pages d’un magazine de décoration. Bachelier, le jeune Normand entre à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de sa région, ……

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Familiarité

 Le nouveau cycle de Pascal Vochelet, intitulé « Familiarité », a ceci de paradoxal que le peintre semble de prime abord s’éloigner de ce qui avait jusqu’à présent constitué le noyau de son œuvre : la représentation de la cellule familiale et, sous la quiétude apparente de son microcosme un peu lisse et sucré, les abîmes de ses non-dits, de ses tabous et de ses névroses. Il a en effet travaillé ici à partir de photographies d’inconnus prises à la dérobée dans la rue, ou sélectionnées sur Internet (quelquefois des interlocuteurs dissimulés par l’utilisation de pseudonymes) et, par le biais de ces moments volés, a imaginé l’univers de ces personnes, ce que pouvaient être leur histoire, leur environnement familier, leur généalogie fantasmatique, et même leur intériorité. Par cette sorte d’effraction, Pascal Vochelet recrée ce sentiment très particulier d’intimité que l’on peut avoir pour des êtres qu’à l’heure des relations cultivées en réseau, l’on ne côtoie pourtant que virtuellement et qui, pour tout un chacun, finissent par dessiner autour de soi l’arborescence d’une nouvelle « famille », celle des « connectés », parfois aussi tangible que notre famille véritable, et dont  la proximité peut aller jusqu’à modifier notre perception du réel. Car cette inspiration a beau reposer sur le virtuel, elle n’en délivre pas moins au peintre des fragments de réalité capturée, dont il souhaite précisément rendre compte de façon plus réaliste que dans ses cycles précédents, en particulier dans le traitement de la lumière, et dans des cadrages imprévus, qui rappellent leur origine photographique. Par ce détour, qui lui permet de renouveler les attendus en matière de « modèle » et de « portrait » (nulle pose en atelier ici) tout en les réinsérant dans un « récit » qui, lui, est totalement rêvé mais nous semble pourtant fort proche, Pascal Vochelet souhaite élargir le champ de représentation et refaire sien le simple fait de peindre, que le rapport au monde semble aujourd’hui avoir singulièrement mis au défi. Ces étrangers, ces inconnus, sont aussi malgré tout des « familiers » pour qui connaît l’œuvre de Pascal Vochelet : le jeu des aplats, des coulures, des collages, ou le travail au crayon de couleur, érode en effet le propos réaliste de départ, en lui conférant une forme de complexité mystérieuse tout à fait caractéristique du peintre. Surtout, il réinjecte des éléments qui appartiennent à sa mythologie propre, en particulier ces oreilles animales, qui viennent nous rappeler que toute famille, réelle ou fictive, relève d’une certaine façon de la meute primitive, dans laquelle la violence se domestique tant bien que mal, et où chaque individu doit trouver sa place. Dans certaines toiles antérieures, ces oreilles étaient clairement associées aux univers de l’enfance brimée (l’élève puni auquel on inflige un bonnet d’âne pouvant être considéré comme un double d’un peintre qui conçoit son activité comme une forme d’exclusion) et du conte cruel et féerique (cette « Peau d’âne » qui échappe à l’union incestueuse en prenant une apparence quasi animale). Ici, la référence s’épure et se met au service de la représentation et de la réappropriation d’un monde où, plus que jamais, l’étrange et le familier échangent leurs signes et finissent par se confondre.

Thimotée PICARD

Acrylique, huile, crayon sur papier aquarelle 300 g

Dimensions habituelles : 220x150cm environ

Punk Attitude

Les animaux de la série Punk Attitude, posent à travers des « passe-têtes», ces panneaux sur lesquels sont peints des personnages dont la tête est remplacée par un trou. Tout comme nous, les animaux immortalisent un instant et s’amusent à changer rapidement d’identité. L’attitude de leurs corps d’emprunt semble toujours nonchalante, figée dans un dessin travaillé « à la va-vite » en opposition au dessin des têtes. Est-ce une manière de nous décrire dans un monde de plus en plus speed, efficace, binaire ? Où est-ce une manière de nous renvoyer à notre façon d’être au monde : les mains dans les poches devant une nature en sursis ? Chacun de ces animaux est peint à l’encre et en nous rapprochant suffisamment, nous pouvons nous abandonner dans les traces délicates laissées par les différents outils utilisés par Pascal Vochelet (brosses, pinceaux, chiffon) pour donner une âme à ces « visages ». Car sans aucun doute, ses animaux sont proches de nous, ils respirent, éprouvent des émotions. Il me semble que dans cette galerie de portrait, Pascal Vochelet nous tend aussi le miroir d’une humanité plurielle, sensible, fragile et surtout… animale. Quentin Latour

Figures

Peindre un visage et s’intéresser à l’individu, avoir l’ambition de le dévoiler, d’être témoin de sa vie intérieure à une époque où des « portraits » peuplent en masse les réseaux sociaux ( là où l’intimité devient marchande à notre insu : reconnaissance faciale, géolocalisation, analyse des données) me questionne. Quel portrait me reste t-il à peindre sans exposer son propriétaire ? Comment échapper à ce système hyper-intrusif ? Dans cette perspective, et alors que j’avais envie de peindre les portraits de mes proches, j’ai collecté sur internet des photos d’individus (que je ne connais pas) ayant des caractéristiques de visages similaires. Et à partir de ces « documents », je recompose un visage qui tend vers cette personne dont je veux réaliser le portrait. C’est ce doute dans la ressemblance qui m’intéresse. Ce moment où le visage de l’autre m’échappe et commence à entrer en furtivité.

Techniques mixtes sur toile ou sur bois / 80x60cm